Clause de Résiliation de Plein Droit Visale : Faut-il l’Ajouter ?

Clause de Résiliation de Plein Droit Visale : Faut-il l’Ajouter ?

On voit beaucoup de propriétaires s’interroger sur les clauses à intégrer dans un bail couvert par la garantie Visale. Et la question qui revient tout le temps, c’est celle de la fameuse clause de résiliation de plein droit. On vous le dit tout de suite : non seulement vous pouvez l’ajouter, mais c’est même une obligation. Dans cet article, on vous explique pourquoi elle est indispensable, comment l’activer pas à pas, et les erreurs à ne surtout pas commettre pour qu’elle soit efficace.

Clause Résolutoire et Visale : L’essentiel à connaître 📋

  • Statut obligatoire : Oui, la clause est obligatoire pour tout bail couvert par la garantie Visale.
  • Objectif principal : Elle permet de résilier automatiquement le bail pour 4 motifs légaux précis.
  • Plafonds Visale : Le loyer ne doit pas dépasser 1 500 € en Île-de-France et 1 300 € ailleurs.
  • Délai pour impayé : Le locataire a 6 semaines pour payer après un commandement de justice.
  • Limite à savoir : La résiliation n’est pas une expulsion. La validation d’un juge reste nécessaire.

Qu’est-ce que la clause de résiliation de plein droit ?

Pour faire simple, la clause de résiliation de plein droit est un outil juridique qui vous protège en tant que bailleur. Elle est insérée dans le contrat de location et permet de mettre fin au bail de manière automatique si le locataire ne respecte pas ses obligations les plus importantes. On parle principalement du paiement du loyer et des charges.

Cette clause est encadrée par la loi du 6 juillet 1989. Mais attention, un changement important a eu lieu récemment. Depuis la loi « anti-squat » du 27 juillet 2023, cette clause de résiliation est devenue obligatoire dans tous les nouveaux contrats de location d’habitation signés après le 29 juillet 2023. Avant, on la recommandait fortement ; aujourd’hui, vous n’avez plus le choix.

Son effet principal ? Elle vous autorise à considérer le bail comme résilié sans devoir attendre une longue procédure judiciaire pour le constater. Bien sûr, ça ne se fait pas d’un claquement de doigts. Il faut respecter une procédure stricte, en commençant par un commandement envoyé par un commissaire de justice. Le juge n’intervient qu’après, pour valider la résiliation et, si nécessaire, ordonner l’expulsion du locataire.

Dans quels cas utiliser cette clause ? (Les 4 motifs légaux)

La loi est très claire : vous ne pouvez pas activer cette clause pour n’importe quelle raison. Il existe quatre motifs bien définis. Pour un bail d’habitation, l’intégration de la clause est obligatoire pour les deux premiers (loyer et dépôt de garantie) et facultative pour les deux autres. Voyons ça en détail.

Le non-paiement du loyer et des charges

C’est le cas le plus fréquent. Pour pouvoir activer la clause, l’impayé de loyer et charges doit répondre à une condition précise :

  • Soit le locataire n’a pas payé son loyer pendant deux mois consécutifs.
  • Soit le montant total de sa dette (même sur plusieurs mois non consécutifs) est égal à deux fois le montant du loyer mensuel hors charges.

Une fois l’impayé constaté, la procédure commence par un commandement de payer. La clause prendra effet 6 semaines après cet acte si le locataire n’a pas réglé l’intégralité de sa dette.

Le non-versement du dépôt de garantie

Le dépôt de garantie, souvent appelé à tort « caution », doit être versé à la signature du bail. Si le locataire ne le fait pas, vous pouvez aussi utiliser la clause résolutoire. Pour rappel, son montant est plafonné :

  • 1 mois de loyer hors charges pour une location vide.
  • 2 mois de loyer hors charges pour une location meublée.

Comme pour un impayé de loyer, la procédure est la même : un commandement de payer est envoyé, et la clause s’active 6 semaines plus tard si le versement n’est pas fait.

Le défaut d’assurance habitation

Le locataire a l’obligation légale de souscrire une assurance contre les risques locatifs. S’il ne vous fournit pas l’attestation, vous pouvez actionner la clause. Le délai est ici plus court : la résiliation du bail prend effet 1 mois après un commandement resté sans réponse.

Bon à savoir 👀
Si votre locataire ne s’assure pas, la loi vous autorise à souscrire une assurance pour son compte. Vous pouvez ensuite répercuter le coût sur ses charges mensuelles (avec une majoration possible de 10%). Attention : si vous choisissez cette option, vous ne pourrez plus utiliser la clause de résiliation pour ce motif.

Le non-respect de la jouissance paisible des lieux

Ce motif est le plus complexe à prouver. Il concerne les troubles de voisinage importants et répétés (nuisances sonores, olfactives, etc.). Mais attention, vous ne pouvez pas décider seul que le trouble est suffisant pour résilier le bail.

Condition OBLIGATOIRE : pour utiliser la clause sur ce fondement, les troubles du voisinage doivent avoir été constatés par une décision de justice passée en force de chose jugée. En clair, un juge doit avoir déjà condamné votre locataire pour ces nuisances. C’est seulement après avoir obtenu ce jugement que vous pourrez faire jouer la clause.

Comment mettre en œuvre la procédure de résiliation ? (5 étapes clés)

Activer la clause de résiliation de plein droit demande de suivre une procédure rigoureuse. On ne va pas se mentir, c’est une démarche longue. Voici les étapes à respecter scrupuleusement.

Étape 1 : La mise en demeure et la conciliation

Avant toute chose, envoyez une lettre de mise en demeure en recommandé avec accusé de réception à votre locataire pour lui demander de régulariser sa situation. Si la dette est inférieure à 5 000 €, la loi vous impose de tenter une résolution à l’amiable avant de saisir la justice. Vous devez faire appel à un conciliateur de justice (gratuit) ou à un médiateur (payant).

Étape 2 : Les notifications obligatoires

En parallèle, vous avez plusieurs obligations de notification. Ne pas les respecter peut bloquer toute la procédure.

  • Avertir la garantie Visale : Vous devez déclarer l’impayé sur votre espace personnel Visale dans les 30 jours qui suivent la constitution de l’impayé.
  • Prévenir la caution : Si une personne s’est portée caution, vous devez l’informer de l’impayé.
  • Informer la CAF : Si votre locataire perçoit une aide au logement, vous devez signaler l’impayé à la Caisse d’Allocations Familiales. Le non-respect de cette obligation peut entraîner une amende de 7 332 €.

Étape 3 : Le commandement par commissaire de justice

Si la mise en demeure reste sans effet, vous devez mandater un commissaire de justice (anciennement huissier). C’est lui qui délivrera au locataire un « commandement de payer ». Ce document officiel détaille la dette et informe le locataire du délai dont il dispose pour régler (6 semaines pour un loyer, 1 mois pour une assurance).

Étape 4 : La saisie du juge

Si à l’issue du délai, le locataire n’a toujours pas payé, la clause résolutoire est acquise. Mais cela ne suffit pas. Vous devez alors saisir le juge des contentieux de la protection du tribunal dont dépend le logement. L’audience aura lieu au minimum 6 semaines après l’assignation.

Étape 5 : La décision du juge

Lors de l’audience, le juge examine la situation. Deux issues sont possibles :

  • Il accorde des délais de paiement : Si le locataire est de bonne foi et a recommencé à payer son loyer, le juge peut lui accorder un échéancier pouvant aller jusqu’à 3 ans pour régler sa dette. Dans ce cas, les effets de la clause résolutoire sont suspendus.
  • Il constate la résiliation du bail : Si le locataire ne peut pas ou ne veut pas payer, le juge constate que la clause s’est bien appliquée, prononce la résiliation du bail et ordonne l’expulsion.

Modèle de clause de résiliation à intégrer dans votre bail

Pour être valable, la clause doit être rédigée précisément dans le contrat de location. On vous donne un exemple de rédaction conforme à la loi, mentionnant les différents motifs et les délais légaux à jour.

Exemple de clause à insérer

« Le présent bail sera résilié automatiquement et de plein droit :

  • 6 semaines après un commandement de payer demeuré infructueux faisant suite au non-versement du loyer ou des charges locatives, ou au non-versement du dépôt de garantie prévu au contrat ;
  • 1 mois après un commandement de payer demeurant infructueux faisant suite à un défaut d’assurance contre les risques locatifs ;
  • 2 mois après le non-respect de l’obligation d’user paisiblement des locaux loués, après constat du trouble du voisinage par une décision de justice passée en force de chose jugée.

Une fois le bénéfice de la clause résolutoire acquis au bailleur, le locataire devra libérer le logement dans un délai de 2 mois. »

Les limites à connaître : pourquoi la résiliation n’est pas « automatique »

On préfère vous prévenir : le mot « automatique » dans « clause de résiliation automatique » est un peu trompeur. Il signifie que le juge n’a pas à juger du fond de l’affaire (l’impayé est un fait), mais la procédure reste longue et semée d’embûches. Il est important de connaître les limites de cet outil.

  • Le recours au juge est indispensable : La clause ne vous donne absolument pas le droit de changer les serrures ou d’expulser vous-même le locataire. Seul un juge peut valider la résiliation et ordonner l’expulsion.
  • Le pouvoir du juge : Comme on l’a vu, le juge peut toujours suspendre les effets de la clause et accorder des délais de paiement au locataire s’il estime sa situation financière fragile mais temporaire.
  • La trêve hivernale : Aucune expulsion ne peut avoir lieu durant la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars), sauf exceptions très rares.
  • L’expulsion physique : Même avec une décision de justice, l’expulsion n’est pas immédiate. Un commissaire de justice doit délivrer un « commandement de quitter les lieux ». Si le locataire refuse, il faudra demander le concours de la force publique (police ou gendarmerie) au Préfet, qui peut le refuser.

En résumé, la clause de résiliation de plein droit est un outil juridique puissant et surtout indispensable pour sécuriser votre location, notamment avec la garantie Visale. Mais elle ne garantit pas une expulsion rapide. Elle est la première étape obligatoire d’une procédure qui reste longue.